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Bordure du ruisseau Croock
Aulnais à Lac Supérieur
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2.5 Le milieu riverain


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LES FAITS SAILLANTS

dot La Politique de protection des rives du littoral et des plaines inondables définit la rive comme la bande de terre qui borde les lacs et les cours d’eau et qui s’étend vers l’intérieur des terres à partir de la ligne des hautes eaux sur une largeur de 15m ou 10m (selon la pente du terrain). Cependant les fonctions associées au milieu riverain se poursuivent au-delà de cette définition légale.

dot Le milieu riverain assure de nombreuses fonctions dans le maintien de la qualité de l’eau (rétention des sédiments et nutriments, contrôle de l’érosion…) et de la biodiversité (habitat faunique et floristique, refuge pour les espèces à statut précaire…)

dot En ce qui concerne les rives du bassin versant (section hors parc du Mont-Tremblant), plus de 80% d’entre-elles sont boisées. Toutefois, plusieurs sous-bassins versants sont très affectés par le déboisement notamment les sous-bassins versant des lacs Maskinongé, Duhamel et du Ruisseau Clair.

dot L’érosion accompagne souvent le déboisement des rives. Pour ce qui est de la rivière du Diable, le secteur au sud de la 117 (milieu agricole) présente une érosion sévère (14% des rives érodées).

dot Plusieurs mesures règlementaires encadrent les interventions en milieu riverain. Ainsi, la MRC des Laurentides avance une série de mesures concernant l’occupation du milieu riverain (construction, accès à l’eau…). Les municipalités ont, quant à elles, la responsabilité de délivrer les permis relatifs à des travaux en rive sur terrain privé ou agricole.

 

2.5 Le milieu riverain

La protection du milieu riverain constitue un premier pas obligé vers la préservation et la gestion durable de nos lacs et cours d’eau. En effet, le déboisement des rives est largement reconnu comme étant l’un des principaux facteurs pouvant contribuer à l’eutrophisation des plans d’eau et à l’érosion accélérée des berges. Le texte qui suit vise à faire le bilan de la situation observée pour le bassin versant de la rivière du Diable quant à l’état et à la gestion actuelle de cet important milieu écologique.

Définition et rôles écologiques

La rive est l’étendue de terre bordant une étendue d’eau. Au Québec, une définition légale de ce milieu est précisée par la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables : « bande de terrain qui s’étend vers l’intérieur des terres à partir de la ligne des hautes eaux, sur une profondeur de 10 ou de 15 mètres selon la pente » (PPRLPI, 2005). Bien qu’une telle définition uniforme soit utile sur les plans légal et administratif, il est toutefois important de souligner que les limites des processus écologiques propres aux milieux riverains varient d’un plan d’eau à l’autre et sont souvent susceptibles de se poursuivre au-delà de la bande riveraine « légale ». En ce sens, Environnement Canada recommande l’application de mesures de préservation des habitats riverains sur une bande de 30 mètres de largeur en bordure des lacs et cours d’eau (Environnement Canada, 2004).

Le milieu riverain, par sa végétation naturelle, contribue de plusieurs façons au maintien de la qualité de l’eau et de la vie aquatique. D’abord, le feuillage des arbres forme un écran protecteur contre les rayons directs du soleil, empêchant ainsi un réchauffement excessif de l’eau néfaste pour plusieurs espèces de poissons, dont notamment les salmonidés (truites et saumons). La présence d’une bande de végétation naturelle favorise également l’infiltration et la filtration des eaux de ruissellement avant que celles-ci n’atteignent les lacs ou cours d’eau, contribuant ainsi à réduire les apports en nutriments et polluants divers. L’enracinement des végétaux riverains est, par ailleurs, essentiel à la stabilisation des berges et au contrôle de l’érosion.

Les milieux riverains sont également d’une grande importance pour la faune terrestre et avienne. La faune terrestre et semi-terrestre y trouve notamment des couloirs naturels entre les différents éléments de son habitat (Environnement Canada, 2004). Au sein du bassin versant de la rivière du Diable, de nombreuses espèces utilisent les écosystèmes riverains, notamment les mammifères parmi lesquels on trouve la loutre de rivière, le vison d’Amérique, le castor et le rat musqué. Pour sa part, le cerf de Virginie utilise abondamment le milieu riverain de la rivière du Diable comme un corridor de déplacement, élément essentiel de son habitat. Quant à l’avifaune, la survie de nombre d’espèces fréquentant le bassin versant dépendra en grande mesure de la qualité du milieu riverain, telles que le butor d’Amérique, le martin-pêcheur, le héron et le busard Saint-Martin.

État de la végétation riveraine

Les récents travaux conduits par la MRC des Laurentides, dans le cadre de sa Stratégie de développement durable, nous permettent d’obtenir un aperçu global de l’état de la végétation riveraine pour la portion du bassin versant de la rivière du Diable située à l’extérieur du Parc national du Mont-Tremblant. Ces travaux ont en effet permis de cartographier, à partir des photos aériennes et des cartes écoforestières, l’état de plus de 3 000 km de rives de lacs, de rivières et de ruisseaux, lesquelles ont ensuite été classées selon trois catégories : boisées, semi-boisées et déboisées. Une bande riveraine variant de 10 à 15 mètres a été considérée pour cet exercice. La carte 2.3  États du couvert forestier et du milieu riverain peut être consultée à cet effet.

Les résultats de cet important travail de cartographie sont résumés au tableau 2.5.1. Dans l’ensemble, on observe que plus de 80 % des rives du bassin versant sont boisées. Les rives des ruisseaux intermittents et permanents sont les plus boisées (95 % et 85 % respectivement), alors que le taux de déboisement le plus élevé (30 %) est attribué aux rives des lacs. Mentionnons que la catégorie semi-boisée fait uniquement référence ici aux cours d’eau traversant les golfs et les pistes de ski alpin.

À titre de point de repère, il est intéressant de mentionner ici le seuil critique de déboisement établi par le gouvernement de la Colombie-Britannique (IWAP, 1995) selon lequel les problèmes découlant du déboisement des rives sont susceptibles d’apparaître lorsque celui-ci atteint une proportion de 30 % ou plus des rives d’un lac ou d’un cours d’eau donné (Biofilia, 2004). Nous ferons référence à ce seuil critique de 30 % à quelques reprises dans le texte qui suit.

Tableau 2.5.1 : État des rives des lacs, rivières et ruisseaux du bassin versant de la rivière du Diable

Tableau 2.5.1

(1) La portion « hors-parc » décrite ici correspond au territoire d’étude utilisé par la MRC des Laurentides dans le cadre de sa Stratégie de développement durable. Elle représente 47,5 % de l’ensemble du bassin versant de la rivière du Diable, dans sa portion sud, et inclut en fait quelques secteurs à l’intérieur du parc.
(2) Rivières: du Diable, Cachée, le Boulé et Archambault.
(3) Lacs et rivières: données interprétées à partir des photos aériennes de 2001.
(4) Ruisseaux permanents et intermittents: données tirées des cartes écoforestières du MRNF de 1992.

Sources : MRC des Laurentides, service de géomatique, 2005.

Le tableau 2.5.2 présente les résultats de la cartographie de la MRC en fonction, cette fois, des différents sous-bassins composant le bassin versant de la rivière du Diable. Des différences importantes peuvent être observées d’un sous-bassin à l’autre : les sous-bassins des rivières Le Boulé, Archambault et Cachée présentent les meilleures conditions, alors que les plus affectés sont ceux du lac Maskinongé, du lac Duhamel et du ruisseau Clair. Parmi les différents types de milieux (lacs, rivières et ruisseaux), ce sont les rives des lacs qui dépassent le plus souvent le seuil critique de déboisement de leurs rives (30 % et plus). Ce déboisement a principalement lieu en terrain résidentiel privé (possiblement de villégiature) et le long du réseau routier. Les taux de déboisement suivants ont été mesurés en 2004 pour les principaux lacs de Mont-Tremblant : Calvé (70 %); Dufour (95 %); Duhamel (70 %); Forget (75 %); Gauthier (95 %); Gélinas (60 %); Maskinongé (100 %); Mercier (70 %); Moore (80 %) et Ouimet (75 %) (Biofilia, 2004). Des taux élevés de déboisement des rives sont également observés au lac Carré (Campeau, 2006), aux lacs aux Quenouilles et Gagnon (Bouchard, 2006), ainsi qu’aux lacs Supérieur et Équerre (Moussaoui, 2006).

Tableau 2.5.2 : État des rives selon les différents sous-bassins

Tableau 2.5.2

(1) Incluant le lac Tremblant et la partie sud de la Cachée
(2) Bassin immédiat (vallée) de la rivière du Diable, dans sa portion située à l’extérieur du parc national

Source : MRC des Laurentides, service de la géomatique, 2005.

Les rives de la rivière du Diable
La caractérisation de la rivière du Diable, réalisée en 2004 par la firme Biofilia au compte de la Ville de Mont-Tremblant, nous renseigne davantage sur l’état de la bande riveraine pour ce qui est des quarante kilomètres de la rivière du Diable, entre la confluence de la rivière Le Boulé et son embouchure sur la rivière Rouge. L’étude soulève que les formes d’occupation du territoire ayant contribué le plus au déboisement du milieu riverain de la rivière du Diable sont l’agriculture, le développement résidentiel et, dans une moindre mesure, les terrains de golf. Le seuil critique de déboisement (soit plus de 30 %) aurait déjà été atteint pour le secteur au sud de la route 117 (zone agricole), alors que l’urbanisation accélérée en périphérie de Saint-Jovite continue d’exercer de fortes pressions sur le milieu riverain.

Le Parc national du Mont-Tremblant
Bien que n’ayant jamais fait l’objet d’une étude, il est généralement admis que les rives dans le Parc national du Mont-Tremblant sont boisées. Les quelques rives dégradées par les activités forestières, les emprises routières ou les installations récréatives (camping, accueil du lac Monroe, etc.) font actuellement l’objet d’une revégétalisation (Langlois, 2006).

L’érosion des berges 

L’érosion des berges, souvent associée à la dégradation de la végétation riveraine, contribue à la détérioration de la qualité de l’eau et des habitats aquatiques. En effet, les sédiments décrochés de la rive transportent avec eux différents polluants vers les plans d’eau, dont notamment le phosphore naturellement présent dans le sol. Des charges excessives de sédiments engendreront, de plus, un accroissement de la turbidité de l’eau et l’envasement du littoral, affectant ainsi le potentiel récréatif et esthétique du plan d’eau. L’habitat du poisson est également affecté : le dépôt des sédiments sur le littoral contribue à l’ensablement des frayères et des fosses utilisées par le poisson. Enfin, l’érosion des berges rend difficile toute reprise de la végétation naturelle, accentuant ainsi les problèmes liés à l’absence d’une bande riveraine de qualité énoncés plus haut.

Un inventaire des foyers d’érosion et des berges dégradées a été réalisé en 2004 sur les 40 derniers kilomètres de la rivière du Diable, soit de l’embouchure de la rivière Le Boulé jusqu’à la confluence de la rivière du Diable sur la Rouge (Biofilia, 2004). L’étude indique que les 15 derniers kilomètres de la rivière, lesquels correspondent au secteur agricole en aval de Saint-Jovite, démontrent des problèmes importants d’érosion (14 % des rives y sont affectées). Le déboisement de la bande riveraine, dû aux activités agricoles, ainsi que la nature sableuse des sols sont les deux principaux facteurs contribuant à cette problématique (Biofilia, 2004). Il est à noter qu’en milieu agricole, la bande riveraine minimale exigée n’est que de trois mètres.

Quant aux lacs, la plupart des municipalités du bassin versant ont effectué dans le passé un inventaire des sites d’érosion en terrain résidentiel privé et en terrain public, que ce soit par le biais du service de l’urbanisme et de l’environnement ou par des associations de riverains. Sur le territoire de la Ville de Mont-Tremblant, des foyers d’érosion importants et sévères ont été identifiés sur les lacs Dufour, Forget, Gauthier, Maskinongé, Mercier et Ouimet. La plupart des foyers d’érosion inventoriés sont associés à des bandes riveraines déboisées en milieu résidentiel (Biofilia, 2004).

Mesures de protection existantes

Conformément à la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables, le schéma d’aménagement de la MRC des Laurentides avance une série de mesures visant la protection du milieu riverain. En terrain privé, pour tout nouveau bâtiment, la profondeur minimale exigée de la bande riveraine naturelle est de 10 mètres lorsque la pente est inférieure à 30 % ou lorsqu’elle présente un talus de moins de 5 mètres de hauteur. La rive doit avoir un minimum de 15 mètres lorsque la pente est continue et supérieure à 30 % ou, en cas de talus abrupt (>30 %), de plus de 5 mètres de hauteur (PRLPI, 2005).

Seule une bande d’une largeur maximale de 5 mètres par terrain peut être déboisée pour permettre un accès aux lacs. Certains droits acquis peuvent cependant prévaloir dans le cas des bâtiments ayant été construits à l’intérieur de la bande riveraine avant l’entrée en vigueur de la réglementation. Selon la disponibilité de services d’aqueduc et d’égout, les terrains riverains doivent avoir une profondeur minimale variant de 45 à 60 mètres, une largeur minimale variant de 25 à 50 mètres et une superficie minimale allant de 2 000 à 4 000 m2. Les chemins doivent, quant à eux, se situer entre 45 et 60 mètres de la rive. Ces mesures sont prises en compte dans le lotissement et l’émission de permis de construction pour les futurs développements immobiliers.

En zone agricole, seule une bande riveraine de 3 mètres est exigée et ce, à partir du talus et non de la ligne naturelle des hautes eaux. De plus, plus la pente est forte et moins la bande exigée est profonde. L’efficacité écologique de cette mesure est contestée à travers le Québec (Dufour, 2007).

Quant au Parc national du Mont-Tremblant, l’accès aux îles y est interdit afin, entre autres, de protéger les rives insulaires.

La protection des berges et l’émission de permis concernant des travaux en rive pour les terrains privés et agricoles relèvent du secteur municipal. La plupart des municipalités du bassin versant détiennent un inventaire photographique de l’état des bandes riveraines des lacs de leur territoire, autant en terrain privé que public. Sur la base de la réglementation municipale en vigueur, une sensibilisation de la population riveraine est effectuée, soit par un partage d’information ou l’envoi d’avis ou d’amendes aux contrevenants. La plupart des municipalités tentent actuellement d’effectuer un suivi de l’application de la réglementation de manière plus ou moins coercitive. Certaines municipalités se dotent d’outils plus sévères. En effet, depuis 2005, les municipalités de Saint-Faustin-Lac-Carré et de La Macaza se sont dotées d’un règlement exigeant le reboisement des bandes riveraines affectées sur une profondeur de 5 mètres. Le défi de la protection des lacs passe par la sensibilisation de la population riveraine et, ultimement, par l’application individuelle de la réglementation municipale (Campeau, 2006). La plupart des municipalités offrent à leurs citoyens un programme de revégétalisation des rives par la vente subventionnée de plantes riveraines.

Références


BIOFILIA. 2004a. Programme de caractérisation de la Rivière du Diable. Rapport final. Ville de Mont-Tremblant, 44 p.

BIOFILIA. 2004b. Programme d’évaluation et de surveillance des lacs. Rapport de synthèse. Ville de Mont-Tremblant, 26 p.

BOILEAU, M. 2007. Communication personnelle. Inspecteur municipal, La Macaza.

BOUCHARD, Lucie. 2006. Communication personnelle. Bleu Laurentides, Val-des-Lacs.

CAMPEAU, Jocelyn. 2006. Communication personnelle. Service de l’urbanisme, ville de Saint-Faustin-Lac-Carré.

DEL DEGAN, MASSÉ et ASS. 2003. Plan directeur en environnement de la Ville de Mont-Tremblant. Tomes 1 et 2. Ville de Mont-Tremblant, 328 p.

DUFOUR, Carl. 2007. Communication personnelle. Biologiste, MRC des Laurentides

GAZETTE OFFICIELLE DU QUÉBEC. 2005. Décret 468-2005, 18 mai 2005. Loi sur la qualité de l’environnement (L.R.Q., c. Q-2). La Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables Gouvernement du Québec.

LANGLOIS, Charles V.. 2006. Communication personnelle. Service de la conservation, Parc national du Mont-Tremblant.

MOUSSAOUI, Omar. 2006. Communication personnelle. Service de l’urbanisme, Lac-Supérieur.

MRC des Laurentides. 2000. Schéma d’aménagement révisé. 356 p.

MRC des Laurentides. 2005. Base de données géographiques du bassin versant de la rivière du Diable.

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